Business en Thailande : ouvrir un Restaurant
Si vous souhaitez ouvrir un restaurant en Thailande, la première question à vous poser est : un étranger peut-il ouvrir un restaurant en Thailande ?
La réponse est Non ! Ou du moins pas facilement.
Les activités de Bar et de Restaurant sont régies par la liste 3 du FBA (Foreign Business Act) et font donc partie de ces activités pour lesquelles il est nécessaire d’obtenir une licence (Foreign Business License). La seule exception ce sont les citoyens Américains qui bénéficient des avantages du US-Thai Amity Treaty qui leur permet d’ouvrir un restaurant détenu à 100%.
Les tentatives d’accords commerciaux
La Thailande est en train de passer des accords commerciaux avec de nombreux autres pays. L’Australie et le Japon, par exemple, ont déjà signé des accords qui donnent des avantages aux ressortissants de leurs pays respectifs.
Le site du département des Affaires Etrangères du gouvernement Australien vient ainsi d’annoncer fièrement que dorénavant les Australiens auront la possibilité de détenir la majorité des parts dans les grands restaurants et hôtels ouverts en Thailande (60% contre 40,9% auparavant).
Tout Australien qui lira ces lignes se dira “Chouette ! Me voila avantagé par rapport aux ressortissants des autres pays”. Toutefois ne le laissons pas se réjouir si vite, car cet avantage n’est consenti que sous certaines conditions très précises :
Le restaurant doit fournir tous les services d’un restaurant (préparation et service de plats cuisinés et de boissons, avec ou sans animations), le local du restaurant doit avoir une surface minimum de 450 mètres carrés et le capital de la société créée doit être d’au moins 50 millions de Baht (libérés).
En réalité cet avantage est inutilisable : en supposant qu’un Australien soit prêt à investir 50 millions de baht dans un restaurant en Thailande (c’est un montant énorme), il ne possédera au maximum que 60% des parts, soit 30 millions de baht. Il devra donc trouver un Thaï qui accepte d’investir 20 millions de baht dans son restaurant. Pas facile, pas vrai ?
Que faire alors si on n’est ni Thaï, ni Américain ?
Il vous reste 2 options :
i. Postuler pour la Foreign Business License. Ca prendra entre 6 et 12 mois, ou plus, et vos chances de succès sont quasi nulles car il n’y a pas de savoir-faire particulier dans le business des restaurants.
Si vous inventez une recette spéciale de pizza à technologie “3G” “nano”, vous aurez peut-être une chance, mais sinon oubliez simplement cette option. Vous auriez plus vite fait d’obtenir la nationalité américaine !
ii. Vous créez une joint venture avec un associé Thaï pour ouvrir un restaurant. Votre associé détiendra au minimum 51% des parts et vous au maximum 49%. Bien sur il faudra que votre associé effectue réellement l’investissement sinon il sera considéré comme un nominee (un prête-nom). Le problème, c’est qu’en débarquant en Thailande vous avez à peu près autant de chances de trouver un associé en Thailande, que la NASA de trouver de la vie sur Mars.
Et mettez-vous à sa place : pourquoi s’associer avec un étranger plutôt que d’ouvrir son propre restaurant soi-même ?
Celui/Celle-qu’il-ne-faut-pas-nommer
Si c’est si compliqué d’ouvrir un restaurant en Thailande, pourquoi alors y en a-t-il plein qui sont gérés et détenus par des étrangers ? Ce ne sont quand même pas tous des Américains ?
Pour contourner le problème soulevé par les solutions (i) et (ii), de nombreux étrangers utilisent “Vous-savez-qui”, je veux dire leur femme/copine/maitresse ou un nominee.
C’est malheureusement la dure réalité du business en Thailande. Tout doit être fait de manière légale, mais en essayant on aboutit toujours à une impasse.
A défaut d’associé, vous utiliserez donc un nominee.
Autres difficultés légales
Maintenant que vous avez votre “associé”, vous pouvez ouvrir votre restaurant, mais pour cela il vous faut une société et des licences : licence pour l’alcool, licence pour la nourriture, licence pour les cigarettes si vous vendez des cigarettes, etc.
Si vous passez de la musique dans votre restaurant, il vous faut aussi une licence pour ça.
Créer la société et obtenir les licences est relativement simple, comparé à d’autres pays. Par exemple la Thailande ne limite pas le nombre de licences d’alcool par secteur. En revanche il est indispensable d’obtenir toutes les licences avant d’ouvrir le restaurant.
Ensuite il vous faudra un permis de travail. Mais vous ne pourrez pas l’obtenir avant d’avoir vos 4 employés Thaïs. Donc vous devrez commencer à travailler sur votre projet illégalement.
L’emplacement
Avant d’ouvrir votre restaurant, il vous faut trouver l’emplacement idéal. Cela dépendra bien sûr du style de restaurant, mais aussi de votre budget. Les meilleurs endroits pour ouvrir un restaurant à Bangkok sont les centres commerciaux dans lesquels on trouve de nombreux autres restaurants, comme le rez-de-chaussée de Siam Paragon par exemple.
Malheureusement ces endroits là sont pleins et il y a même une liste d’attente. Saufs pour les centres commerciaux qui ne fonctionnent pas bien, mais dans ce cas là, l’intérêt est moindre.
Les autres emplacements intéressants sont les endroits les plus fréquentés du centre de Bangkok : Silom, Saladeng, Convent, Langsuan, et Sukhumvit (soi 1 à 39).
Le Loyer
Quand vous avez trouvé le lieu, il vous faut négocier le loyer avec le propriétaire. N’acceptez pas un contrat d’une durée de moins de 3 ans et essayez même d’obtenir une promesse de reconduction du contrat sur 3 ans de plus ou mieux, deux renouvellements successifs.
Faites revoir la clause de reconduction par un avocat car si elle n’est pas correctement rédigée elle ne vaut rien.
Assurez vous que la personne avec qui vous contractez est bien le propriétaire ou la personne responsable des locaux que vous louez.
Pour un restaurant de 100 à 200 mètres carrés, vous ne trouverez rien en dessous de 100 000 THB par mois dans les quartiers cités plus haut. Prévoyez un budget de 100,000 à 180,000 THB minimum.
Rappelez-vous qu’il faut payer 2 à 6 mois de deposit à la signature du contrat et que le propriétaire vous demandera peut-être de préparer des chèques à l’avance pour au moins 12 mois.
Vous aurez sans doute aussi à payer la “key money”. La “key money” c’est très courant en Thailande, c’est une partie en cash, sous le manteau, que le propriétaire ne déclare pas et qui est payée en avance pour les 3 ans de loyer.
Enfin, les propriétaires accordent rarement des sursis pendant les travaux. Vous aurez donc à payer le loyer pendant les travaux qui peuvent durer de 1 à 3 mois en fonction du prestataire. Ajoutez toujours 1 mois ou 2 au délai annoncé par votre constructeur…
Autre difficultés
Mieux vaut avoir un concept original, en particulier si vous ouvrez un restaurant Français. La restauration Française n’a pas en Thailande la réputation qu’elle a dans d’autres pays et nombreux sont ceux qui abandonnent. Ceux qui s’en sortent sont soit très haut de gamme, soit sur un créneau original.
En terme de budget, en fonction du type de restaurant et de l’emplacement, il faut compter entre 2 millions et 40 millions de baht. La moyenne tourne autour de 5 millions de baht.
Avertissement
N’ouvrez pas un restaurant si vous n’êtes pas un professionnel de la restauration ou si vous n’avez pas une bonne équipe autour de vous, car vous échouerez. Même les professionnels n’y arrivent pas toujours. Le seul restaurant à 40 millions de baht que j’ai jamais vu ouvrir a fermé après 3 mois, bien que l’équipe soit professionnelle. De nombreux restaurants, bien que bien conçus, originaux et bien placés ferment après quelques mois sans qu’on sache trop pourquoi.
Ce que je veux dire c’est qu’il faut à la fois beaucoup de métier et beaucoup de chance pour réussir dans la restauration en Thailande.
Beaucoup d’argent est investi en pure perte dans ce domaine. Si je compte les échecs dont j’ai été témoin, le total des investissements doit approcher les 100 millions de baht (et sans compter celui à 40 millions !)
—
Ceci est la traduction d’un article en Anglais écrit par René Philippe DUBOUT et consultable ici dans sa version originale.
Vous souhaitez créer une entreprise en Thailande, contactez-nous.



